Le Canada marginalisé aux Nations Unies
L'article a été écrit par Fouad Sahyoun, le vice-président de NCCAR/CNRCA, et publiée dans le Journal de Mount-Royal.
Il est triste de voir notre ministre des Affaires Étrangères venir en personne adressé le podium des Nations Unies pour refuser l’admission de la Palestine comme état non-membre. Le Canada s’est rangé au côté des États-Unis et Israël contre 138 nations qui ont approuvées la résolution. Nos alliés Européens et membres de L’OTAN ont soit approuvé la résolution soit ils se sont abstenus offrant le même message. Comment peut-on expliquer la position du Canada qui a été membre fondateur de l’Organisation des Nations Unies, qui a créé le tribunal international contre les crimes de guerre, qui a chapeauté les causes des droits de l’homme et qui a été à la tête des casques bleus de l’ONU pour la préservation de la paix à travers le monde. Que c’était triste de voir notre ministre des Affaires Étrangères plaider une cause que 95% des habitants de la planète n’ont pas avalée.
Afin de comprendre le sens de cette position Américaine et Canadienne, il faut prendre du recul. Lester Pearson, alors ambassadeur du Canada à l’ONU en 1947, a été l’auteur d’une résolution qui proposait de diviser la Palestine en deux états l’une Juive et l’autre Arabe. Il n’a jamais été question qu’il y ait un mouvement de population entre ces deux états. Avant la deuxième guerre mondiale, la population Palestinienne comptait 9% de Juifs Palestiniens; mais avec une immigration massive des juifs d’Europe durant et après la deuxième guerre mondiale ce chiffre a bondi à 45%. Depuis lors, le mouvement sioniste a œuvré pour s’imposer dans le pays par la force des armes et par un terrorisme sans pareil. Devant ce tableau sombre, la résolution de Lester Pearson a été adoptée avec une légère marge sans que la population Palestinienne ne soit consultée. Il s’en ait suivi ce que les Israéliens d’aujourd’hui appellent la guerre d’indépendance qui a été ni plus ni moins un nettoyage ethnique de la population chrétienne et musulmane Arabe si l’on se fie au livre du nouveau historien Ilan Pappé « Ethnic Cleansing » publié après que les mémoires de David Ben Gurion, premier président d’Israël aient été rendu publique.
En lisant l’article de notre MP pour Mont Royal, Irwin Cotler, au National Post dans lequel il déclare que si les Palestiniens auraient acceptés la résolution des Nations Unies en 1947 on aurait célébré leur 65ème anniversaire comme membre de l’ONU plutôt qu’une demande d’adhésion tardive. J’aurais bien voulu voir comment auraient réagi les Québécois si l’organisme international aurait divisé le Québec en deux états l’un francophone et l’autre anglophone sans consulter sa population. Cette attitude de M. Cotler a été l’argument de deux poids deux mesures qu’ont adopté les forces coloniales tout au long des 65 ans de calvaire qu’ont vécu les réfugiés Palestiniens.
L’argument de notre ministre des Affaires Étrangères qui ne fait que répéter le vieil argument que seul une négociation pourrait contribuer à créer l’État Palestinien et restituer le droit des 6 millions de réfugiés 65 ans après la création d’Israël n’est autre que donner le temps et la carte blanche à Israël de créer de nouvelles colonies et de continuer à déplacer les populations Palestiniennes; le rapport de force des deux antagonistes étant disproportionné.
Qu’est ce qui fait peur au Canada, aux États Unies et Israël. Ce n’est pas la reconnaissance des droits du peuple Palestinien. Le président Obama en a fait sa campagne aux Nations Unies en 2010 promettant que la Palestine sera sur ce même podium en 2011. Ce qui effraye c’est que le gouvernement Israélien, avec sa politique expansionniste et répressive pourrait être porté devant le tribunal des crimes de guerre. L’Allemagne et l’Angleterre ont réclamé de l’Autorité Palestinienne à ce qu’elle s’engage à ne pas comparaître devant ce tribunal en échange d’un vote positif aux Nations Unies. Il est difficile pour un Palestinien de comprendre l’arrogance de cette attitude qui dure du temps colonial et qui demande à une victime de ne pas prendre avantage du système judiciaire. Il est important de noter que seul un état reconnu par l’ONU a le droit de se présenter devant le tribunal. Il est, aussi, important de noter que la construction de colonies par un occupant est considérée comme un crime de guerre d’après la convention de Genève et cela sans tenir compte du comportement agressif des troupes occupantes et des colons contre les habitants des territoires occupés. Bien sûr si Israël, qui se considère un État de droit, pense qu’elle respecte le droit international tout le long de son histoire, elle ne devrait pas avoir peur de se défendre devant une instance internationale.
Malgré que le président de l’autorité Palestinienne a déclaré ne pas avoir l’intention d’avoir recours à cette instance internationale dans l’immédiat, néanmoins, cette possibilité lui donne un poids considérable quand viendra le temps de négocier avec Israël un règlement global qui couvrira le partage de l’eau, les télécommunications, la protection de l’héritage culturel, le statut de Jérusalem, le droit des réfugiés, les colonies, les frontières, la libération des prisonniers politiques, les arrestations arbitraires, pour n’en nommer que l’essentiel. Ce poids retire d’Israël la carte blanche que lui ont offerte l’Occident depuis sa création en 1948. Aujourd’hui, seul le Canada et les États-Unis, par la force des sanctions et de la désinformation, tout en étant isolés du reste du monde insistent à soutenir l’insoutenable.
Publiée dans le Journal de Mount-Royal.
Posted on December 18, 2012